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Seul autour du monde
sur un voilier de onze mètres

Le plus grand navigateur en solitaire du XIXe siècle, Joshua Slocum (1844-1909), canadien d'origine.

Que d'étonnement, d'admiration, voire d'incompréhension expriment pour les terriens, ces quelques mots. Pour les marins, ils représentent des joies immenses, mais aussi des risques. De nombreux navigateurs partirent ainsi, les uns par amour véritable de la mer, les autres par esprits de compétition, tous à la poursuite d'un idéal.

De nos jours, les exploits maritimes sont choses courantes. La technologie et les matériaux facilitent beaucoup la tâche des navigateurs. Mais que dire des exploits de ceux qui au siècle dernier faisaient fi de tous les dangers et défiaient les océans sur des embarcations des plus fragiles. L'un de ces héros, le premier qui navigant à la voile en solitaire, fit le tour de la terre était d'origine canadienne, son nom, Joshua Slocum.

Il est né le 20 février 1844 à Wilmot Township, dans le comté d'Annapolis en Nouvelle-Écosse. Joshua Slocum est considéré à juste titre comme le père de la navigation en solitaire. Il est le premier à avoir réussi une circumnavigation complète de 74,000 kilomètres (40,000 milles nautiques). Son périple dura trois ans, deux mois et deux jours.

Capitaine au long cours, Slocum avait vraiment l'âme d'un marin. Matelot à seize ans, second maître deux ans plus tard, capitaine à vingt-cinq ans, roi de l'océan à trente-sept et marin en chômage à cinquante. C'est à ce moment qu'il entreprend une odyssée que personne n'avait jamais osée faire, Le tour du monde seul en voilier.

En 1892, il acquiert du capitaine Eben Pierce, un vieux sloop abandonné, à Fairhaven au Massachusetts. Le bâtiment est dans un état lamentable.

Treize mois de travail et $553.62 de matériaux sont nécessaires à Slocum pour remettre le " Spray " en état de naviguer.

Il quitte alors Boston, son port d'attache, et se rend à Yarmouth, en Nouvelle-Écosse, pour y passer quelques semaines avant d'entreprendre son périple. Le 2 juillet 1895, le Spray quitte le port de Yarmouth et met le cap vers les Açores qu'il atteindra le 20 juillet.

La prochaine étape le mènera à Gibraltar le 4 août. Il a l'intention de se diriger vers l'Est, pour traverser la Méditerranée, franchir le canal de Suez et descendre la mer Rouge mais des officiers britanniques lui conseillent d'éviter ce secteur infesté de pirates. Se voyant une proie facile, Slocum décide, le 25 août, de mettre le cap sur l'Ouest, vers le Brésil.

Peine perdue, car à peine a-t-il regagné l'Atlantique qu'il est confronté à la fureur d'une bande de pirates à bord d'une felouque. Slocum empoigne son fusil et se prépare à un combat bien inégal lorsqu'une vague frappe et démâte la felouque. Après quarante jours sans incident, Slocum mouille le 5 octobre à Pernambuco (aujourd'hui Recife), au nord-est de Brésil.

Il reprend la route et se dirige vers le détroit de Magellan où il affronte une violente tempête qui dure 30 heures. Épuisé, Slocum jette l'ancre à Punta Arenas.

Le trois mars 1896 il débouche sur l'océan Pacifique ou encore une fois, un violent ouragan le fera dériver le long de la Terre de feu et du Cap Horn pendant quatre jours. Après quelques jours de repos au mouillage dans les îles du canal Cockburn, Il remonte la côte ouest de l'Amérique du Sud et atteint le 26 avril les Îles San Fernandez, situées à la latitude de la ville de Valparaiso (Chili).

Après un repos bien mérité, Slocum reprend la mer et entreprend un voyage de 72 jours qui le mènera aux Îles Samoa le 16 juillet.

Il reprend la mer le 20 août et atteint l'Australie le 10 octobre suivant. Pour se renflouer financièrement, il donne des conférences à Sydney, Melbourne et en Tasmanie. Le 24 mai le Spray navigue dans la mer de Corail à la hauteur de la Nouvelle-Guinée. Quelques jours plus tard, il visite les Îles Cocos et Christmas, dans l'océan Indien. En septembre, il débarque à l'Île Maurice, toujours dans l'océan Indien.

Lorsqu'il reprend la mer, Slocum met le cap sur l'Afrique du Sud ou il fait escale. Le 26 mars 1898, il prend la direction de Sainte-Hélène, île connue comme ayant été la terre d'exil de Napoléon, puis se dirige vers l'Île de l'Ascension.

À l'approche des Antilles, Slocum doit faire appel à toute son expérience sur les courants et les vents. Il va d'une île à l'autre donnant des conférences sur ses aventures. Le 26 juin 1898 il touche Newport au Rhode Island. À cause de la guerre son arrivée passe inaperçue. Il se retire alors de la vie publique. Le vieux loup de mer écrit son fameux " Sailing Alone Around the World ". Il achète une ferme qu'il transforme en une plantation d'arbres fruitiers.

Pierre Boucher N

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" Seul autour du monde sur un voilier de 11 mètres "..., par Joshua Slocum

«Amateur, cela veut dire "qui aime", et c'est bien de cela qu'il s'agit. J'aime la mer et j'aime être en mer. J'aime partir, larguer l'amarre et passer les feux ; j'aime naviguer, voir le vent tourner, la brise adonner, le ciel changer, la mer se former et se déformer ; j'aime le bouillon chaud dans le thermos au pied du barreur et l'étoile qu'on prend un temps pour cap la nuit, entre hauban et galhauban ; j'aime quitter une côte de vue, et, après un jour, huit jours, un mois, en voir apparaître une autre, qu'on attendait ; j'aime arriver, entrer, mouiller, et quand tout est en place, fixé, tourné, ammaré, ferlé, rabanté, être à terre. Je suis un amateur.»
Jean François Deniau.