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Naufrage de l'Hirondelle


Une page d'histoire du Léman qui rappelle le naufrage
de l'Hirondelle au large de la pointe de la Becque à la Tour de Peilz

Rapports du naufrage

(reprise du site WWW.plongee-passion)

Rapports du Préfet au Conseil d'Etat sur les circonstances du
naufrage de l'Hirondelle sur les récifs de la Tour de Peilz survenu le 10 juin 1862

L'Hirondelle, vapeur échoué le 10 juin 1862, entre 12.00 et 12.15 h., sur les récifs de Peilz
Durant les opérations de renflouage, menée avec un certain succès, ainsi qu'en témoigne le rapport et récit, le bateau sombra suite à une tempête dans la nuit du 13 au 14 juillet 1862.

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Rapports du naufrage
Premier rapport

Au Conseil d'Etat,
Depuis la dépêche que j'ai eu l'honneur d'adresser hier à Monsieur le Conseiller Duplan, il n'y a aucun changement à L'état du vapeur l'HIRONDELLE, ce navire est aux trois quarts sous l'eau, l'avant plongeant et l'arrière en l'air, comme cloué sur un récif et ayant fortement perdu son équilibre.

On ne connaît pas encore toute l'étendue du mal, car il est impossible d'arriver à la voie d'eau qui paraît se trouver dessous la machine. Jusqu'à maintenant on a fait de vains efforts pour relever le navire. je crois que nous n'avons pas ici des engins assez puissants pour cela. Les membres de l'administration espèrent beaucoup dans le savoir de l'ingénieur zurichois qui a relevé il y a 2 ans le LEMAN échoué devant Coppet.

Cet ingénieur vient d'arriver, accompagné de Messieurs Gottefrey et de la Harpe. Je tâcherai de suivre les travaux autant du moins que mes occupations et la distance me le permettront pour vous tenir au courant. La cause de ce sinistre est évidemment dans l'imprécision du timonier qui ne connaît pas cette partie du lac; par une triste fatalité deux matelots malades ont du être remplacés par deux suppléants et l'un d'eux était au gouvernail lors de l'accident. Il ignorait sans doute l'existence des rochers qui se trouvent à fleur d'eau devant la pointe de Peilz; aussi voyant venir une barque dans la direction opposée et sans tenir compte des signaux des bateliers et leurs cris "passez au large", il lança son navire entre la barque et le rivage et se trouva pris sur les récifs.

La faute est d'autant plus grave que la barque marchait à l'étire, ce qui démontrerait que le lac manquait de force. Le capitaine était occupé à délivrer près de 30O billets pour Montreux et Clarens (c'était le jour et l'heure ou les habitants de cette contrée revenaient du marché) le pilote avait aussi beaucoup à faire pour la même raison, causes pour lesquelles une surveillance suffisante n'a pu être exercée.

Il est heureux qu'on n'ait eu à déplorer aucun accident car le bateau était fort chargé, mais on a pu transborder sur une barque tous les passagers, marchandises et mobiliers avant que le navire s'enfonçât. Je crains qu'il ne se passe bien du temps avant que ce navire ait pu être remis à flot, il me semble bien difficile de le retirer entier.
Signé Préfet Jean Roche (1852-1869).

Deuxième rapport:

A Monsieur Le Conseiller d'Etat,
Ce n'est que hier 19, que j'ai reçu votre honoré du 16/17 juin me demandant un rapport circonstancié sur le sinistre arrivé à L'HIRONDELLE le mardi 10. Pour me conformer a vos désirs, j'ai fait appeler le Capitaine et Pilote du navire, et j'ai l'honneur de vous transmettre le résumé de leurs déclarations, qui, au reste sont conformes aux renseignements qui me sont parvenus de divers côtés.

Le Capitaine Hoffmann (en septembre 1858 il commandait déjà l'H.) déclare que le 1O juin le bateau à vapeur a embarqué à Vevey pour Clarens et Montreux de 180 à 200 passagers, qui joints à ceux qui étaient déjà à bord, venant de plus loin, portait le nombre total à 350 environ. Le temps était beau, aussitôt après le départ de Vevey, le capitaine parcourait le navire pour engager les passagers à aller prendre leurs billets à la cabine ou un des quatre employés du bateau les distribuait, un second employé était au gouvernail, et les deux autres, le pilote compris, s'occupaient à ranger les bagages sur le pont qui était encombré par les paniers, hottes, corbeilles des passagères de Clarens et de Montreux revenant du marché de Vevey."

Le capitaine ne pouvait avoir aucun doute sur la capacité du timonier Visinand, car cet homme remplaçait un matelot ordinaire malade; il avait été accepté par le capitaine sur la recommandation du malade, le vieux Perrey dit le Zèbre. Visinand avait été pendant, un à deux ans sur le Léman puis ensuite sur des barques, il devait bien connaître le lac."
Arrivé près de la pointe de Peilz, une barque venait du sens contraire, serrant le rivage et marchant à l'étire, fait qui ne pouvait échapper au timonier, malgré cela, celui-ci voulut s'engager entre la barque et la rive et jeta son navire sur les récifs à fleur d'eau. Toute la faute est à ce timonier qui dans cette circonstance s'est conduit comme un enfant ne l'aurait pas fait. le capitaine ajoute qu'il est d'habitude que le matelot qui est au timon à l'arrivée dans un port, reste à son poste jusqu'à ce que le pilote soit descendu de son banc de quart et ait aidé à ranger les bagages, c'est ce qui a eu lieu le 10, comme à l'ordinaire.

Immédiatement après l'accident, la barque cause innocente de ce malheur s'est approchée et les passagers y sont presque tous montés et ont été conduits à La Tour; quelques uns étaient descendus dans des petits bateaux. Après les passagers on eu le temps de débarrasser le vapeur de tout son mobilier, tables, tapis, glaces, etc. Une heure et demie après le choc sur les récifs, le bateau s'enfonçait. Aucun accident n'est arrivé aux personnes car le Capitaine avait eu soin de faire passer tous les Passagers sur l'arrière du bâtiment reposant sur le roc. Pendant le sauvetage il a été perdu un sac de nuit, mais son propriétaire a reconnu que c'était par sa faute. On a volé un tonneau de vin et un jambon, plus une jumelle marine appartenant au Capitaine.

Celui-ci a terminé ses explications en déclarant que ni au moment du sinistre, ni depuis, il ne s'est élevé aucune plainte contre lui et, contre la conduite de l'équipage. Il a au contraire reçu des témoignages de satisfaction. Enfin il invoque les témoignages de Messieurs Chausson notaire à Noville et Albert Gétaz qui étaient sur le bateau au moment du sinistre, il désirait que Madame Chaboret, maîtresse de Pension à Genève fut entendue, c'est cette dame qui était sur le bateau avec douze demoiselles de pensionnat.

Le pilote Borgognon François donne les mêmes détails que M. Hoffmann. Et dit que le mardi il y a toujours beaucoup de monde sur le bateau et surtout beaucoup de bagages depuis Vevey Montreux. comme ils ne sont que 4 employés, l'un est au gouvernail, un second distribue les billets, et deux autres doivent s'occuper des bagages. C'est ce qu'il faisait le 10 après être descendu de son banc de quart.

Chacun croyait que Visinand connaissait son métier, il avait été pendant deux ans sur le bateau à vapeur le LEMAN, puis ensuite sur la barque la CONSTANCE et enfin sur le MERCURE Quand la barque a été rencontrée, elle allait à l'étire, ce que le timonier à dû nécessairement voir. Lorsque le bateau a touché il y a eu deux secousses. Il s'est arrêté à la seconde et il est resté immobile pendant une heure et demie, au bout de ce terme, l'avant s'est, rempli d'eau et a sombré, mais auparavant tous les passagers et mobilier étaient sauvés et en sûreté. En résumé le pilote met toute la faute sur Visinand qui est parti le lendemain et n'a pas rapproché l'HIRONDELLE car il serait, dit-il arrivé un malheur".

Voilà, Monsieur le Conseiller d'Etat, tous les renseignements que je peux vous donner et que j'ai lieu de croire exacts. Cela est si vrai que personne n'a pensé à porter de plainte à l'autorité judiciaire, personne n'ayant éprouve un dommage réel, à l'exception d'une émotion bien naturelle mais heureusement de courte durée.

Il est nécessaire de bien se rendre compte des fonctions des employés du bateau l'HIRONDELLE, le Capitaine est officier comptable et actuellement, il a de plus la haute surveillance, du bateau. Quant à la manoeuvre, c'est l'affaire du pilote, et celui-ci venait précisément de descendre du banc de quart, ne voyant aucun danger et ne doutant nullement que son timonier allait faire la faute grave qui a détruit le bâtiment. C'est au reste l'opinion générale.

J'aurais bien voulu entendre le timonier Visinand, et même mon intention était de le faire arrêter, mais il a disparu il y a quelques jours après avoir rendu son équipement militaire, on l'a vu à Genève récemment et manifestant la résolution de prendre du service; il serait peut être convenable de le faire rechercher dans cette ville.

Veuillez. Monsieur le Conseiller d'Etat, agréer l'assurance de ma considération distinguée.

Signé, le Préfet Jean Jacob Roche."

Troisième rapport

Monsieur le Conseiller d'Etat.

Pour me conformer à l'invitation que vous m'avez adressée d'entendre quelques personnes qui se trouvaient à bord de L'HIRONDELLE lors du sinistre, j'ai écrit aux citoyens ci-après en les priant de passer à mon bureau mardi ler juillet (jour du marché de Vevey) pour me donner les renseignements qu'ils pourront sur les causes de cet accident.

Messieurs Gétaz Albert, Chausson notaire, Favrod allié Druey à Villeneuve, Buenzod Docteur à Montreux, picary et Rochat Charles. De plus, j'ai écrit à Madame Chabore, maîtresse de pension à Genève, qui se trouvait sur le navire avec ses élèves. M. Rochat répond par écrit qu'au moment de l'accident il se trouvait dans le salon de secondes, et ce n'est qu'en montant précipitamment sur le pont qu'il s'est aperçu de l'endroit ou était le bateau. Il déclare qu'au moment de l'accident, le Capitaine invitait les passagers à prendre leurs billets au bureau, vu les nombreux voyageurs, montés à bord à Vevey. Il se loue de la conduite de l'équipage pendant tout le sauvetage. M. Chausson était dans la chambre des secondes au moment de l'accident, il s'est hâté de monter sur le pont, mais il ne peut indiquer comment le sinistre est arrivé, il a bien entendu dire que c'était la faute du pilote, mais il ne peut expliquer si on entendait parler du pilote proprement dit ou du timonier.

M. Chausson se loue beaucoup de la conduite du Capitaine, de son sang-froid et de sa présence dans cette circonstance, d'autant, plus que les femmes, surtout, criaient beaucoup, et notamment une Valaisanne, femme du desservant de l'hôtel de la Tour au Bouveret.

M. Buenzod Docteur était dans l'intérieur du bâtiment quand le bateau a été arrêté sur les récifs avec un bruit ressemblant au tonnerre. Le Capitaine dans ce moment-là était descendu pour inviter les passagers à prendre leurs billets, quand M. Buenzod a eu quitté le bateau, il a été convaincu que l'accident était du à la faute du timonier et nullement aux autres employés.

M. Favrod dit que le pilote doit se tenir sur son banc de quart au départ d'un port, il n'en descend que quand il s'est assuré sur la bonne direction du navire, c'est ce qui a eu lieu. Le navire a été lancé entre le rivage et une barque navigant à l'étire, le Timonier devait nécessairement la voir et passer en "nan", c'est à dire en plein lac; ne l'ayant pas fait, il a été la cause du malheur.

Un employé délivrait les billets, le pilote désencombrait le pont et le capitaine engageait les passagers à prendre leurs billets, aucune, faute ne peut leur être imputée. Le déposant ajoute qu'on dit que le timonier Visinand a du être renvoyé du LEMAN, et même que le pilote de l'HIRONDELLE l'avait blâmé quelques jours auparavant pour sa négligence; après le choc le timonier n'avait nullement l'air ému, il était assit près du gouvernail et ne se pressait pas du tout pour aller sur le pont.

M. Gétaz Albert dépose comme toutes les personnes précédemment entendues, il ajoute que le pilote Borgognon est un bon batelier et entendu dans son métier, il venait de descendre de son banc quand le bateau a touché et il a immédiatement donné l'ordre d'arrêter la machine. Le témoin croit que le timonier s'est trompé en tournant la roue du gouvernail, surtout dans la précipitation, cela s'est vu quelques fois, dit il, et chez des bateliers habiles.

Néanmoins il ne l'excuse pas et déclare que c'est à Visinand seul qu'est du le sinistre. Il paraît que celui-ci avait dû être rappelé à l'ordre pour sa négligence. Le Capitaine et le pilote ne doivent encourir aucun blâme, car ils faisaient leur service.
Ce rapport qui fait suite à celui que j'ai eu l'honneur d'adresser au Département de Justice et Police le 20 juin dernier, renferme tout ce que j'ai pu apprendre sur cet accident tout fortuit. Le fait que le timonier était distrait par deux femmes qui lui causait, n'a pas pu m'être démontré, C'est un bruit qui a couru sans que j'aie pu remonter à sa source.

J'ai la certitude que s'il se fait une enquête pénale sur cette affaire, elle aboutira à convaincre que l'accident est du à la négligence et à l'imprudence du timonier Visinand, et ne peut nullement être attribué soit au Capitaine, soit au pilote Borgognon. Au surplus, ce qui démontre encore la culpabilité de Visinand, c'est qu'il a disparu le lendemain de l'accident, il doit être encore à Genève.

Veuillez, Monsieur le Conseiller d'état, agréer l'assurance de ma considération très distinguée.

Sceau de la Préfecture de Vevey, le Préfet Roche
Vevey, le 2 juillet 1862.
Au moment d'expédier ce rapport, je reçois de Madame Chaboret, maîtresse de pension à Genève, une lettre qui, quoique ne donnant pas de nouveaux détails sur l'accident, loue beaucoup la conduite du Capitaine et des employés du bateau.

On peut faire certains commentaires sur ces rapports du naufrage de l'HIRONDELLE. Avant l'échouement, le timonier est à la barre placée à l'arrière du bateau, son champ de vision est d'autant plus restreint que 180 à 200 voyageurs montés à Vevey déambulent devant lui sur le pont pour aller prendre leur billets; le pilote, descendu de son banc de quart (passerelle?) s'occupe des bagages! Ce dernier n'était plus en mesure de donner rapidement des ordres au timonier, ni au mécanicien. Visinand, simple batelier du lac s'embauchant sur les barques à voiles ou sur les bateaux à vapeur comme marinier a véritablement été pris pour un bouc émissaire!

L'horaire que suivait l'HIRONDELLE datait du 1er juin 1862 (9 jours avant l'accident), le bateau quittait Vevey à 12 h. et devait arriver à Clarens-Montreux à 12hl5. Il est intéressant de consulter l'indicateur de la CGN du ler mai 1906: Vevey 1lh25, Clarens 1lh4O, Montreux llh45.

Cet horaire devait être tenu par des bateaux plus performants, toute confusion était évitée dans les manoeuvres; il n'y a plus de pilote; le timonier placé au centre du bâtiment gouverne, seul et donne les ordres à la machine par le tuyau acoustique ou le chadburn.

On tente de renflouer l'HIRONDELLE

M. Beat Arnold, Archéologue à Neuchâtel nous donne la description la plus intéressante des travaux de sauvetage, nous transcrivons son article paru dans AQUATICA:
Le lendemain, les travaux de sauvetage commencèrent à s'organiser et même un associé de la maison Escher Wyss & Cie à Zurich, qui avait construit le bâtiment, vint pour diriger les travaux. On commença par mettre à l'avant des sapins couchés transversalement puis des chaînes furent placées sous la carène.

Avec des crics on espéra le relever centimètre par centimètre et le mener dans un port du voisinage.
Cependant de graves déformations de la coque se laissaient voir, et le fait que les plus graves d'entre elles se trouvaient sous les chaudières ne facilitaient guère le sauvetage. On restait ainsi, encore fort septique quant au renflouage du bateau.
Pourtant quinze jours après l'accident, le vapeur avait été relevé de deux mètres, et l'on commençait très sérieusement à envisager le succès total de l'opération.

Hélas, dans la nuit du samedi l3 juillet au dimanche 14, une tempête violente se leva sur le lac et le navire rompant ses, câbles et brisant les barques d'appui, vit les trente hommes, n'attendant que le lendemain pour le mener au port, l'abandonner.

Au petit matin on ne voyait plus émerger que les bordages et les portemanteaux de l'arrière. Les pompes ayant été englouties avec le vapeur, les opérations de sauvetage s'annonçaient des plus difficiles. Et le mercredi 29 juillet, après qu'on eut récupéré la poupe qui s'était détachée du navire, le reste du bâtiment, soit la proue et les machines disparurent pour toujours dans les flots.

Notons encore que sept années plus tard, un scaphandrier tenta vainement, pendant sept jours de retrouver l'épave.

La photographie de la tentative de renflouage est un document très rare; la photographie instantanée date de 1880!

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«Amateur, cela veut dire "qui aime", et c'est bien de cela qu'il s'agit. J'aime la mer et j'aime être en mer. J'aime partir, larguer l'amarre et passer les feux ; j'aime naviguer, voir le vent tourner, la brise adonner, le ciel changer, la mer se former et se déformer ; j'aime le bouillon chaud dans le thermos au pied du barreur et l'étoile qu'on prend un temps pour cap la nuit, entre hauban et galhauban ; j'aime quitter une côte de vue, et, après un jour, huit jours, un mois, en voir apparaître une autre, qu'on attendait ; j'aime arriver, entrer, mouiller, et quand tout est en place, fixé, tourné, ammaré, ferlé, rabanté, être à terre. Je suis un amateur.»
Jean François Deniau.